GT Academy : l’histoire d’un conte de fées

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La question du transfert de compétences entre le virtuel et le réel suscite de nombreux débats sur la toile. S’il est établi que certains pilotes F1 ou GT performent sur iRacing et ACC, l’inverse est moins évident. Darren Cox est celui qui est passé de la théorie à la pratique en donnant directement les clés de bolides de course à des sim racers. Cette histoire, c’est celle de la GT Academy. Et la voici.

Le concept de la GT Academy

Ce pari audacieux qu’est la GT Academy nous vient donc de Darren Cox. Au cours des années 2000, il commence à évoquer l’idée de sélectionner des sim racers n’ayant aucune expérience réelle sur piste pour les former à être de vrais pilotes. Visiblement, il a eu du mal à convaincre !

Quelqu’un m’a dit que même si vous êtes bons à Tiger Wood PGA Tour, cela ne fait pas de vous un bon golfeur. Oui, mais ces gens ont des volants, des bons pédaliers et aussi une bonne dose de détermination à faire la même chose encore et encore ! Et c’est exactement pareil : contrôler une voiture, freiner, tourner avec la bonne trajectoire, accélérer en sortie de virage. C’est la même chose, sans les G.

Darren Cox

En 2006, Darren Cox met en place un événement en collaboration avec Sony. Durant celui-ci, des joueurs s’affrontent sur Gran Turismo, puis sur un vrai tracé pour tenter de gagner une Nissan 350Z. Leurs performances impressionnent l’organisation : « Après la course, un des instructeurs me dit que certains d’entre eux étaient plutôt bons sur circuit. Comparer leurs temps au tour entre le jeu et la réalité montrait une bonne corrélation. Et on a commencé à travailler à l’idée d’essayer de prendre un bon joueur pour en faire un pilote de course. » Ça y est, les bases de la GT Academy étaient posées !

GT Academy Darren Cox
Sieur Darren Cox

Le recrutement de la GT Academy

C’est en 2008 que commence le programme. Celui-ci était pensé pour être diffusé à l’échelle planétaire. Pour être éligible, il fallait simplement avoir 18 ans, son permis de conduire et ne posséder aucune licence de course. La qualification était donc organisée dans le jeu (de GT5 Prologue à GT Sport selon les années). Le principe consistait en quatre rounds de lap time challenge (du contre-la-montre) sur quatre circuits différents à bord d’une Nissan. Un cinquième round décisif sélectionnait les joueurs pouvant participer aux finales nationales.

Ces finales se déroulaient sous la forme de LANs réparties dans douze pays (pour la première édition). Elles comportaient de nouvelles épreuves virtuelles, des évaluations de pilotage sur les bolides de Nissan et un bilan de santé assorti de test psychologiques. Le tout, dans le but de sélectionner la vingtaine d’heureux participants au Race Camp.

Le Race Camp, le cœur de la GT Academy

Le Race Camp prenait ses quartiers à proximité du prestigieux circuit de Silverstone en Angleterre. Les candidats subissaient tout un lot d’épreuves au cours d’une semaine bien intense. Au programme, des défis divers et variés : pit stop challenge, courses de stock car, mais aussi du gymkhana, de la conduite de buggy ou de monoplaces… Les épreuves se sont étoffées au fur et à mesure des éditions : en 2014, c’était même du paint-ball en voiture !

Mais les tests ne se limitaient pas à la conduite. Les participants subissaient un vrai programme miliaire : entrainement physique, triathlon, parcours du combattant… Là encore, les épreuves ressemblaient de plus en plus à Koh Lanta au fil du temps. Et même des tests écrits et une préparation aux interviews !

Au fur et à mesure de la semaine, les juges éliminaient progressivement des candidats répartis en groupes par région d’origine. En plus des compétences personnelles, la capacité de travail en équipe rentrait en ligne de compte. Certains ont reproché une forme d’injustice à ce processus de sélection, avec un aspect spectaculaire pour la retransmission trop mis en avant. En effet, certains participants ont été reconduits à la maison suite à des épreuves physiques et avant même d’avoir pu faire leurs preuves sur circuit. Simon Fitchett (directeur des performances) justifie : « Il n’est peut-être pas question de voiture de course, mais lorsque vous vous lancez dans une épreuve de 24 heures, sans sommeil, il faut savoir rester fort, autant physiquement que psychologiquement. »

Le dernier jour, quand il ne restait plus qu’un pilote en herbe par région, une course finale déterminait les champions de la promotion. Et pas des moindres : 6 tours de Silverstone au volant d’une Nissan 370Z. D’autant plus qu’avec le programme chargé de la semaine, il n’y avait pas vraiment de préparation à cette course pour les candidats… S’adapter « immédiatement » aux conditions réelles faisait, après tout, aussi partie du jeu !

GT Academy Finale

Le programme de développement des pilotes Nissan

Le vainqueur de la GT Academy rejoignait le programme de développement des pilotes de Nismo (la branche sportive de Nissan). Là encore, le programme était bien chargé ! Un entrainement physique intense, des formations pratiques et théoriques de pilotage. Mais aussi un suivi médical rigoureux, des épreuves (telles que sur machine Batak) pour améliorer le temps de réaction et la vision périphérique. Côté virtuel, c’était rFactor 2 et l’accès au simulateur Nissan.

Après quelques mois de formation (au lieu de trois ans habituellement), le précieux sésame : une licence internationale de course. Et un siège dans un équipage GT4 pour les 24 heures de Dubai !

Les succès de la GT Academy

Le programme a duré huit saisons (entre 2010 et 2016), les serveurs auront totalisé cinq millions de tentatives ! 22 privilégiés sont sortis lauréats de la GT Academy. Leur place parmi les pilotes de métier avec l’expérience et l’entrainement préalable n’était tout de même pas acquise. En témoigne le français Franck Pailleux, professionnel et instructeur du programme :

La première fois qu’ils m’ont proposé le projet, j’ai dit « non, pas possible, ce sera trop compliqué de leur enseigner« . Il y a une différence d’approche entre les deux disciplines. On peut voir que leur culture automobile est différente. Que les talents qu’ils acquièrent ne le sont pas par l’expérience mais par la théorie. La différence tient particulièrement au fait que vous êtes dans votre salon, avec seulement un volant et les images de la télévision qui bougent. Dans une voiture, il y a l’environnement, la chaleur et la sensation de votre corps entier en mouvement.

Il faut tout de même préciser que tous les gagnants n’étaient pas complètement profanes en sport auto. Certains avaient pratiqué le karting ou avaient grandi à proximité des circuits dans le milieu familial. Néanmoins, Darren Cox n’a pas à rougir face au parcours de ses poulains dans le sport automobile réel. Certains d’entre eux ont récolté un palmarès honorable.

Les figures de proue

Lucas Ordoñez, l’un des vainqueurs de la première fournée s’est bien défendu aux 24 h de Dubai. Ses performances initiales ont d’ailleurs permis de valider la poursuite de la GT Academy. Entre 2011 et 2015, le pilote a fini deux fois sur le podium en catégorie LMP2 aux 24h du Mans. Il déclarera en interview en 2011 : « Nous avons montré que la GT Academy fonctionne. Jouer sur Playstation, suivre des études normales en Espagne et finir sur le podium au Mans trois ans plus tard ! C’est incroyable et vous n’y croiriez pas, mais c’est arrivé ! ». En 2013, il a gagné la Pro-Am Cup (mélangeant professionnels et gentlemen drivers) de la Blancpain Endurance Series.

GT Academy

Jann Mardenborough, le gagnant de la troisième édition, a (entre autres) participé au British GT Championship en 2012. Avec une victoire, et une sixième position au classement final de la saison. C’est d’ailleurs sur son parcours que porte l’histoire du film Gran Turismo, sorti en 2023.

Citons aussi Jordan Tresson, un français vainqueur du GT Academy en 2010, qui a remporté le Blancpain Endurance Series 2011 en GT4, puis terminé deuxième des 6 Heures de Bahreïn 2012.

Un équipage 100 % issu de la GT Academy a remporté les 12 heures de Bathurst en 2013 après 269 tours. Deux ans plus tard, Wolfgang Reip (un membre de cette équipe) a fini champion GT3 de la Blancpain Endurance Series. Il a même pu s’affranchir de Nissan et signer un contrat professionnel chez Bentley Motorsport.

Jann Mardenborough Kaz
Kazunori Yamauchi en compagnie de Jann Mardenborough

La fin de la GT Academy

Grâce au succès de la GT Academy, Darren Cox avait pris du galon. Il supervisait désormais la participation de l’écurie Nismo aux compétitions mondiales. En 2015, la gestion des équipages LMP1 au Mans était donc sous sa coupe. Et ce fut malheureusement la débâcle. Le véhicule que Jann Mardenborough partageait avec deux pilotes professionnels a rendu l’âme une heure avant l’arrivée. Celui d’Ordonez a également abandonné suite à la perte d’une roue. La seule équipe composée à 100 % de pilotes profesionnels a terminé la course, mais n’a pas validé la distance minimale. Le meilleur tour de cet équipage était 18 secondes en deçà des premiers. De manière exclusivement liée ou pas à cette contre-performance, Darren Cox a quitté Nissan en octobre de la même année. Le programme GT Academy a été interrompu l’année suivante.

LMP Nismo

Par la suite, les événements ont entériné l’arrêt du programme. RNJ Motorsport, la team en charge de la gestion de la carrière des vainqueurs, est passé chez Honda après 20 ans de collaboration avec Nissan. En conséquence, le contrat chez l’écurie japonaise de Lucas Ordonez et Alex Buncombe n’a pas été renouvelé pour la saison 2019.

Même si le conte de fées a dû se terminer, Darren Cox peut se vanter d’avoir tenu son pari insensé… et d’avoir été incarné par Orlando Bloom au cinéma !

L’histoire de la GT Academy a-t-elle eu une suite ?

Anthony Hamilton, le père du champion de F1, a dévoilé en 2012 son projet « 107 % ». Le titre correspondant au seuil de temps par rapport au vainqueur d’une course, pour être éligible. Si l’idée avait dû aboutir, on en aurait entendu parler.

Plus terre-à-terre, Lewis Hamilton, bien conscient des inégalités sociales pour accéder à ce milieu, a débuté la campagne Mission 44. Ce programme de charité vise à aider les plus démunis à accéder à la filière des pilotes et des ingénieurs. 150 jeunes ont déjà pu être soutenus en trois ans d’existence.

La GT Academy n’a donc pas d’équivalent à ce jour. Darren Cox est même repassé de l’autre côté de l’écran ! Il a en effet fondé sa team pro eSport pour promouvoir la discipline et attirer le public en événement virtuel ou dans les tribunes des circuits !

Alors les sim racers, on veut se frotter à la réalité ?

Si vous rêvez de vous tâter à du pilotage sur circuit, Track Toys pourrait vous intéresser. Pas d’Orlando Bloom, ni de Silverstone, mais la maison vous propose une vrai expérience sur des petites monoplaces. Vous êtes encadrés par toute une équipe d’instructeurs et d’ingénieurs aux petits soins. La formule vous garantit un temps de roulage conséquent. Et surtout, vous êtes vraiment tout seul pour piloter ! Olive en a d’ailleurs fait l’expérience et a été véritablement conquis ! Vous pouvez réserver à la demi-journée (399 €) ou une journée complète (599 €).

La Nordschleife propose également ses formules pour le grand public. Deux options sont proposées pour réaliser votre rêve de tourner sur l’enfer vert. Venir avec votre voiture ou moto personnelle, pour 30 à 35 € le tour. Ce qui mène certains passionnés à se lancer des défis incroyables. On peut aussi s’asseoir sur le siège passager d’une Mercedes-AMG GT R Pro. La demi-heure de copilotage vous coûtera 295 €. Attention tout de même aux 170 virages ! Vous remarquerez qu’à force de tondeuses, l’herbe est beaucoup plus clairsemée qu’en jeux vidéos !

Superchicane s’est déjà penché sur la question de la comparaison entre sim racing et pilotage. Olive a interviewé des pilotes de GT sur leur pratique virtuelle. Et a également débattu en live des différences avec la réalité.

Pour aller plus loin

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